Wilfried Schmitter, de Champigny à Saint-Médard-en-Jalles
Association des Anciens de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris de La Réunion — 24 juillet 2026
Le caporal Wilfried Schmitter est mort au feu le mardi 21 juillet 2026, à Mérignac, en luttant contre un feu de forêt aux abords de l’aéroport de Bordeaux. Il avait 34 ans. Le caporal Anthony Berthôme, du même centre de secours, est mort à ses côtés.
Avant de servir en Gironde, Wilfried a été sapeur-pompier de Paris. Il a servi à la 15e compagnie, au centre de secours de Champigny-sur-Marne. Je l’ai eu sous mes ordres. C’est à ce titre que notre association tient à écrire ces lignes.
Le sapeur de 2011
Il arrive à la Brigade le 4 octobre 2011 et rejoint Champigny quelques semaines plus tard. Il a dix-neuf ans. Il découvre ce qui va occuper les cinq années et demie suivantes : les gardes, l’instruction, la remise, les engins, les départs.
Il est nommé sapeur de première classe le 1er avril 2012.
Il était de ceux dont on ne parle pas en début de garde : présent, disponible, à l’heure, sans histoires. Dans une compagnie, ce profil-là est une chance. On finit par lui confier la conduite des engins. En 2013, il figure parmi les conducteurs de la remise de Champigny — une fonction qui ne se donne pas : il faut connaître le matériel, amener l’équipage vite et sûrement, et répondre de la disponibilité de l’engin.
Une soirée de juin 2012
Moins d’un an après son arrivée, il est confronté à une intervention qui a marqué durablement son équipage.
Le 24 juin 2012, en soirée, le premier secours de Champigny part pour un secours à personne. Cinq hommes à bord : un sergent, chef d’agrès, un caporal, chef d’équipe, et trois sapeurs de première classe, dont Wilfried. À l’arrivée, une personne les accueille, puis rentre dans le pavillon. Son cri change la nature de la mission : l’homme est armé.
Le chef d’agrès réagit immédiatement : il ferme la porte et la maintient fermée le temps de faire décrocher son équipage, puis se replie à son tour. Les pompiers contournent le pavillon en courant, franchissent un portail et une clôture. Deux coups de feu sont tirés pendant leur repli. Aucun n’est touché. La police interpelle l’homme quelques minutes plus tard.
L’équipage a été proposé pour récompense. Wilfried figure parmi les personnels cités.
Je ne prête à personne un geste héroïque isolé ce soir-là. Cinq hommes sont partis sur un secours à personne et sont revenus vivants parce qu’ils ont compris ensemble, en quelques secondes, que la mission avait changé, et parce qu’aucun n’a couru pour lui seul. Wilfried avait vingt ans.
Plus de sept ans sous l’uniforme de la Brigade
Le reste, ce sont les années ordinaires du métier, celles qui ne font pas de récits : les gardes qui s’enchaînent, les interventions dont on ne se souvient plus, celles dont on se souvient trop, les manœuvres, la vie de remise. Il quitte le service actif le 31 janvier 2019.
Au cours de ces années, je lui ai remis la médaille de la Défense nationale, échelon bronze, lors d’une prise d’armes de la compagnie. Cette distinction ne récompense aucun fait d’armes particulier : elle distingue un engagement, une constance. La photographie montre un jeune sapeur au garde-à-vous, médaille au ruban. Plus qu’une image, je conserve de lui sa voix, sa manière de s’exprimer, son calme.

Les états de service donnent des dates et des grades. Ils ne disent rien de la présence d’un jeune homme dans une garde, ni de ce qu’on perd quand elle s’arrête.
La Gironde
Il ne s’est pas arrêté là. Chez lui, l’engagement était une affaire de famille : son père avait lui-même été pompier. Wilfried devient sapeur-pompier professionnel au SDIS de la Gironde et rejoint le centre d’incendie et de secours de Saint-Médard-en-Jalles, où il sert à la fois comme professionnel et comme volontaire. Il accède au grade de caporal.
Ses camarades girondins décrivent un homme très impliqué : formateur auprès des jeunes, présent dans la vie associative de la commune, où il comptait parmi les organisateurs du Téléthon. Sportif, passionné de surf. Toujours prêt à rendre service. Ceux qui l’ont connu à Champigny reconnaîtront l’homme.
Le 21 juillet 2026
Ce mardi, un important dispositif est engagé sur un feu aux abords de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Vingt-six hectares brûleront. Selon les éléments rendus publics par le directeur du SDIS de la Gironde, les deux caporaux ont trouvé la mort dans les premières minutes de la phase d’attaque, leur engin piégé par une dynamique de feu d’une violence exceptionnelle dans une pinède très dense. Une enquête judiciaire a été ouverte.
Wilfried Schmitter et Anthony Berthôme avaient tous les deux 34 ans.
Ce que nous retenons
Entre la soirée de juin 2012 et l’incendie de Mérignac, il y a quatorze années d’engagement au service des autres, sous deux uniformes, dans deux départements, pour une même vocation. En 2012, les cinq hommes étaient rentrés ensemble. En 2026, Wilfried est tombé aux côtés d’un camarade, sur la mission qu’il avait choisie et n’avait jamais quittée.
L’Association des Anciens de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris de La Réunion présente ses condoléances à la famille et aux proches de Wilfried Schmitter, à ceux d’Anthony Berthôme, aux personnels du centre d’incendie et de secours de Saint-Médard-en-Jalles et à l’ensemble des sapeurs-pompiers de la Gironde. Elle les adresse également à ses anciens camarades de la 15e compagnie.
L’amicale des sapeurs-pompiers de Saint-Médard-en-Jalles a ouvert une cagnotte au profit des familles des deux caporaux. C’est la seule cagnotte officielle ; la commune a mis en garde contre les initiatives non authentifiées.
Nous avons servi avec lui. Nous ne l’oublierons pas.
Nicolas Folio

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